CHARGEMENT

Type à Chercher

Partager

BREVE RETROSPECTIVE DES ARTS VISUELS DANS LA MUSIQUE CONTEMPORAINE

Pour cette nouvelle année en perspective, Beat à l’air lance sa série de chronique bimensuelle sur les meilleures scénographies immersives mêlant art sonore et visuel. Deux fois par mois, on vous emmène à la découverte d’un label, d’un artiste, d’un festival ou d’une œuvre qui révolutionne notre façon de vivre, de penser et de ressentir la musique : plus seulement par le seul sens de l’ouïe mais aussi par la vue, le toucher ou même l’odorat.

Parce que les événements liés aux musiques contemporaines se multiplient en France, qu’une dynamique se dresse pour investir des lieux pré-conçus et inédits, parce que la fête transgresse les normes et que la nuit n’est plus le seul espace temps réservé à l’effervescence de nos corps, la musique devient pluridisciplinaire et éveille nos cinq sens : d’une expérience interactive où le danseur façonne la musique aux visuels qui font frémir nos rétines et nous plonge dans des fantasmagories dé raisonnées, la musique est vie.

Parce qu’il est nécessaire – pour comprendre cette nouvelle dynamique et l’origine de cette culture visuelle – de revenir aux prémices des musiques contemporaines, ce premier opus sera consacré à une brève rétrospective des arts visuels dans la musique électroacoustique ; car si l’on s’attarde souvent sur les débuts des musiques électroniques, on parle bien moins des balbutiements des œuvres multimédia.

Dès les débuts de la musique concrète, son mode de diffusion sonore l’a rendu propice à une immersion du spectateur, par une spatialisation du son inédite. A la fin des années 50, les architectes Le Corbusier et Iannis Xenakis (l’inventeur de la musique stochastique, une musique créée d’après des règles et des procédures mathématiques pour faire bref) conçoivent le pavillon Philips pour l’exposition universelle de Bruxelles : une salle équipée de trois cent cinquante haut-parleurs où deux pièces spécifiquement conçues pour l’occasion seront diffusées (Concert PH de Iannis Xenakis et Poème électronique d’Edgard Varèse). Mais à ce stade là, par encore de scénographie visuelle à proprement parlé. Iannis Xenakis poursuit ces expérimentations, et pendant les années 70 produit plusieurs spectacles où musique, scénographie, projections lumineuses et spatialisation sonore se côtoient.

Parallèlement à ses recherches, Gordon Mumma et Robert Ashley transforment le Space Theater en véritable salle immersive : le public s’assoit, se couche, se lève et se retrouve immergé dans une série de projections lumineuses, accrue par la présence de miroir.

Toujours à la même époque, le compositeur LaMonte Young et l’artiste Marian Zazeela (qui est aussi la femme du compositeur) crées des installations sonores et lumineuses appelées «Dream House»  absolument fascinantes : on vous laisse jeter un coup d’œil à la vidéo juste en dessous.

Nous sommes encore dans les années 60 lorsqu’un duo novateur crée une œuvre considérée comme l’une des œuvres pionnières de l’art multimédia : HPSCHD de John Cage et Merce Cunningham. Cette œuvre mêle musique, danse, théâtre, vidéo et cinéma : cinquante et une compositions électroniques enregistrées se mêlent à sept clavecins, diffusés sur cinquante et un haut parleurs fixés au plafond pendant qu’une cinquantaine de projecteurs diaporamas diffuse des images sur deux écrans de dimensions différentes.

L’art multimédia commence alors à se démocratiser (on songe notamment ici aux pionniers allemands Kraftwerk dont les concerts étaient émaillés de vidéos) bien qu’il reste tout de même peu présent. Mais les évolutions et les mutations technologiques des années 80 et 90 amènent un nouveau souffle à l’art multimédia et aux musiques contemporaines et des artistes pratiquant l’art sonore et visuel comme les japonnais Ryoji Ikeda et Ryoichi Kurokawa introduisent une nouvelle forme de spectacles audiovisuels où la synchronisation entre images et sons est primordiale et l’abstraction graphique une nécessité : la musique visuelle s’ancre peu à peu et ces concerts audiovisuels sont conçus aussi bien par des musiciens, des artistes issus de l’art numérique, de l’architecture, du graphisme et de la vidéo. On peut dès lors parler de cultures électroniques ou digitales puisque les relations entre musiques électroniques et arts numériques sont indéniables. 

L’émergence de cette culture a fait naître des labels d’art visuel comme le célèbre label AntiVJ regroupant des artistes tels que Simon Geilfus, Joanie Lemercier ou Olivier Ratsi qui mettent l’art du Vjing au service de la scène musicale électronique, ou comme plus récemment le collectif Oye.

De nombreux festivals pluridisciplinaires ont également émergé et proposent des scénographies où dispositifs numériques et musiques électroniques fonctionnent ensemble : Scopitone à Nantes, Maintenant à Rennes, Mirage Festival à Lyon, Bains Numériques à Enghien Les Bains, Elektra au Canada, Mapping Festival à Genève et beaucoup d’autres dont nous parlerons dans les prochains opus de cette chronique.

Tags:
Chloé Magdelaine

Électrisée par les nouveaux médias et la musique visuelle plutôt que par les primitifs flamands.

  • 1
X