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ALTERNATIVES QUEER 002 : CASSIE RAPTOR

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Juste avant la grande fête d’anniversaire pour les 10 ans de la Wet For Me le 21 avril à la Machine, nous sommes allés à la rencontre d’une de leurs artistes résidentes – maintenant incontournable – Cassie Raptor. Touche-à-tout, Cassie est à la fois, VJ, illustratrice, musicienne… et surtout déborde sans complexe de passion et d’amour pur pour l’art. Retour sur notre entretien, au vert et détendu, avec cette figure clé de la scène LGBT+ parisienne.


C’est dans le parc des Buttes Chaumont que Cassie Raptor m’a donné rendez-vous pour une petite sortie dominicale. Elle m’entraîne dans les allées, à la recherche d’un espace pour s’installer, et on finit par s’asseoir sur l’herbe à un endroit qu’elle aime particulièrement pour ses lignes de fuites, « petite déformation professionnelle ».

La première chose que je remarque, c’est que son make up fluo n’est pas réservé à la nuit et aux Wet for Me. Quiconque y a déjà mis les pieds aura vu Cassie Raptor monter danser sur scène, exhibant fièrement des peintures de guerre pailletées, aux contours finement dessinés, qui font passer mon maquillage pour une esquisse minimaliste. J’y avais tout de même passé au moins 10 minutes ! Elle arbore ce jour-là du rose fluo et du mauve en aplats graphiques, un petit truc fait en à peine une demie heure…

[APPORTER QUELQUE CHOSE DE FESTIF]

«  Je crois que mes maquillages attirent les gens mais les intimident aussi parfois. Quelque part c’est une barrière pour repousser celleux qui ne sont pas trop curieu.x.ses. Quand j’ai commencé, j’avais envie d’interagir avec les autres mais la parole en soirée c’est pas mon truc. Il fallait aussi trouver un moyen de marquer les esprits et ce serait visuel, finalement ça rejoint mon travail. Mais surtout j’y prends un plaisir immense »

« Les paillettes, je trouve ça génial parce que les gens, ça les fait sourire. Et à la Wet, faisant partie de Barbi(e)turix, c’est quelque chose qu’on a envie de véhiculer, quelque chose de positif, que les gens passent un bon moment »

Les paillettes et le make up sont pour elle plus un moyen de transmettre, de partager une certaine vision de la nuit et de la fête que de se montrer, de la même manière, quand je lui fais remarquer qu’on la rate difficilement quand elle danse sur scène, elle me répond que c’est surtout parce qu’il y a de la place !

« J’aime danser sur scène de plus en plus, je m’y sens libre et je danse pas forcément devant. En vrai, quand je vais devant c’est plutôt pour faire monter les meufs que pour me mettre moi en avant, dès qu’il y a un peu de gens sur scène, je vais au fond, mon kif c’est de danser avant tout ! »

Sur le lieu qu’elle a choisi pour faire cet entretien, elle m’explique que c’est un quartier qu’elle a choisi pour vivre aussi. Originaire de la région niçoise, elle a quitté son petit bled dès qu’elle a eu le bac en poche, pour se réaliser en tant qu’artiste, et en tant que personne. Déjà sa veste, très colorée, aurait du mal à passer dans son village de La Gaude, alors le maquillage fluo pailleté… Et si Paris est une ville qui lui offre beaucoup d’opportunités, elle l’étouffe aussi, elle qui a besoin d’espace, de verdure. D’où son dévolu jeté sur ce quartier plus ouvert, ses parcs, les quais du bassin de la Villette… Et si elle se pose parfois la question de déménager pour un cadre de vie plus calme, ce n’est pas encore dans ses projets.
« J’arrive pas à quitter cette ville parce qu’elle est foisonnante. Je suis heureuse d’être là pendant ces années où la scène éléctro a explosé à Paris. Je pense qu’on a rien à envier à d’autres grandes villes, et la culture queer, drag… Il se passe des choses vraiment incroyables. »

(c) Rorschatte – Cassie Raptor

[UN GROS BOOM DE LA CHATTE]

La discussion s’oriente ensuite sur son travail d’illustrations de vulves. Ce pan-là de sa création artistique a commencé avec son projet des Rorschattes, des peintures aux couleurs un peu pop, assez douces, s’inspirant des tests de Rorschach, laissant une porte ouverte à l’interprétation.

« C’est venu d’une créa pour un flyer d’une Wet For Me de Pride – avant je ne dessinais pas de chattes ! – et j’y ai trouvé quelque chose d’intéressant, personnellement aussi, dans le fait de mettre le sexe féminin en images et d’en renvoyer des images positives. »

« Le sexe féminin, c’est un super terrain de jeu ! Mais je ne le trouvais pas particulièrement beau, j’avais besoin de me le réapproprier et de lui porter un nouveau regard. »

C’est aussi un travail militant qu’elle engage ainsi. Militant, non pas au sens de militantisme politique, mais un militantisme artistique, de sensibiliser le public au simple fait que cette partie du corps, et bien, fait partie du corps – admirons cette belle tautologie – et n’a pas plus de raison d’être taboue dans sa représentation crue, naturaliste, qu’une main ou un pied.

« Le truc hyper intéressant qu’il y a eu dans l’élaboration de ce projet, c’était les échanges avec les gens et de voir comment ils appréhendaient les œuvres et de voir les questions qu’ils se posaient, les souvenirs, gênés, pas gênés, le rire, la curiosité, le déni aussi, les gens qui veulent pas voir ce que c’est, mais globalement, les gens ne sont pas heurtés »

« Je pense que mon travail [par rapport à des approches plus frontales], a une approche qui est un peu plus douce et poétique, ça permet de créer une passerelle vers l’acceptation de la représentation d’une vulve, au même titre qu’une bite, des mains, des seins, que n’importe quelle autre partie du corps qu’on a plus eu l’habitude de voir. »

Ainsi, Cassie Raptor a complété la première série des Rorschattes de plusieurs autres, à travers un projet « Don’t try to cunt them all », qui s’attache à représenter cette diversité de formes, de taille, de pilosité, propres à chacun.e.s, au même titre que des empreintes digitales. Dans ce projet s’inscrivent les séries Black cat White cat, Vaginescent et Divines. Une exposition est à venir pour le festival Eros Femina du 14 au 17 juin prochain à Paris.

(c) Jean Ranobrac 

[FAIRE CORPS AVEC LES ARTISTES]

Sur l’ensemble de ses créations, très diverses, entre ce travail d’illustrations, le VJing, la musique, à suivre, elle m’explique que sa démarche n’est pas tant un projet unique structuré en divers pans que des explorations qui se font au gré des découvertes.

« Je me pose souvent des questions sur mon projet artistique global et je crois que j’ai pas moi-même toutes les réponses, parce qu’il y a des choses qui évoluent au gré des nouvelles rencontres, des projets, des envies qui naissent. Ce que je sais c’est que j’aime le rapport au tangible, le papier, le dessin, mais quand j’ai découvert la vidéo à l’Ecole Estienne c’était formidable, y avait plus de limite. Depuis autant que possible j’aime bien mixer les deux. »

VJ pour le collectif lesbien Barbi(e)turix, elle a habillé les DJ sets de Paula Temple, Ellen Allien, Charlotte de Witte, Louisahhh, Rag, Matias Aguayo, entre autres.
« J’aime le milieu de la nuit, j’aime performer live, suivre des artistes en live, réagir à ce qu’ils proposent. Pendant la soirée je fais corps avec eux. Je fais mes créas, avec ma patte, mais en parlant de l’univers de l’artiste. Je vois la vidéo comme un médium qui apporte une nouvelle lecture au travail de l’artiste qui se produit, ça doit être complémentaire et venir sublimer la musique »

Sur ses collaborations scéniques avec des artistes musicaux : Rag, Theodora, Calling Marian avec leur projet live son/vidéo SOLIDES, et Mila Dietrich, pour la soirée Creepy Sisters au Trabendo le 28 avril, en surplus d’une connivence artistique, elle recherche beaucoup la complicité amicale.

« Ça ne m’intéresse pas de lécher le boule de qui que ce soit pour forcer des projets, je ne bosse qu’avec des gens que j’apprécie, avec qui j’ai un bon feeling humain et artistique, c’est vraiment important. C’est plus moteur et je prends beaucoup plus de plaisir à ce qu’il y ait une vraie complicité dans le travail. »

(c) Cassie Raptor

[PAS UN LIVE SANS UN COUAC]

Sur la vidéo, ou sur la musique qu’elle a commencée, avec pour projet de sortir des sons cette année, Cassie Raptor me parle de son processus de création. Après une phase très « maniaque » de recherche, de création d’images (plus d’une centaine de loop vidéos sont nécessaires pour chaque live visuel), de phrases musicales, étape qui demande une grande précision et une grande concentration, s’ensuit une étape moins mentale.

« Après y a une phase où je branche mon vidéoprojecteur et je fais vivre mes créas, et dans le son c’est pareil. Là il se passe des choses intéressantes, en étant plus instinctive, en laissant le côté trop cérébral, je peux juste laisser parler les images, et moi-même me faire surprendre. Et ça c’est génial ! Se créent des combinaisons que tu n’as pas imaginées aussi bien visuelles que sonores. C’est pour c’est moments-là que je fais ça, ce sont les meilleurs. Et pour la scène. »

Parce que Cassie Raptor, on l’aura compris, est une bête de scène. Au sens où c’est ce qui l’anime. Elle en parle avec un enthousiasme et un plaisir qui ne laissent pas de doute.

« Les moments où je suis sur scène, ce sont des moments de bonheur. Ça m’électrise. Y a ce stress du live qui est là, et franchement, y a pas un live sans couac, mais ça je l’ai compris très vite et j’ai pu dédramatiser. [Du coup], j’ai le bon stress avant de jouer, celui qui te donne l’adrénaline pour mettre le feu. »

Elle nous confie ensuite que son rêve, à terme, serait de faire elle-même un live son et vidéo, réunis dans un même set up. Et moi, ça me met des paillettes dans les yeux (à défaut d’autour…).

 

La Wet For Me en affiches, l’Exposition au Bar à Bulles du 18 au 22 avril

Wet For Me – 10th anniversary à la Machine du Moulin Rouge samedi 21 avril

(c) Jean Ranobrac

 

(c) Cassie Raptor

 

(c) Cassie Raptor

 

Crédit Photo (bandeau) : Marie Rouge

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