ENCRÉ FANZINE – STREET REPORT PARISIEN

ENCRÉ FANZINE – STREET REPORT PARISIEN

Impossible de passer à côté du « street art » ou du graffiti ces temps-ci. Deux expositions se sont notamment penchées sur le sujet: Face au Mur1 à la Caserne de Reuilly (dans le cadre du Festival Paris Hip Hop) mais aussi Hip Hop, du Bronx aux rues arabes, qui a fait grand bruit. Deux expos, deux visions. A l’Institut du Monde Arabe, on entend « présenter les quatre disciplines qui composent le mouvement Hip Hop: « le DJaying, le Emceeing, la break dance, et le graffiti »2. L’expo fait donc logiquement la part belle à la branche citée en fin de liste, avec des graffiti créés in situ pour l’occasion. Que va-t-il advenir de ces créations l’exposition maintenant terminée ? A la caserne de Reuilly, on avait déjà tout prévu: « dans la logique du mouvement graffiti, ce lieu unique et éphémère restera accessible pendant un mois, avant de disparaître définitivement et de retourner à la poussière »1. S’il on note que le graffiti est ici présenté comme un mouvement à part entière, la différence notoire réside dans la réhabilitation prochaine des murs de la Caserne, qui, de fait, rapproche la démarche des artistes invités de celle des silhouettes anonymes apposant quotidiennement leurs noms sur les murs de Paris.

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Crédits: Encré Fanzine

En effet, si certains restent, beaucoup de graffiti disparaissent sous d’épaisses couches de peintures. « C’est un art très éphémère, qui disparaît supe vite« , nous explique, les mains tâchées de peinture, l’un des fondateurs du fanzine Encré, street report parisien, qui se présente comme un instantané de quelques mois de graffiti et de tags à Paris. Pour lui qui s’intéresse notamment au handstyle, la dimension brève du graffiti, et plus encore du tag, n’est pas à regretter, bien au contraire. Au fil de leurs balades, les passionnés du fanzine se plaisent autant à faire découvrir d’anciens graffs qu’à découvrir eux-mêmes les nouveautés de la « new school », qu’ils partagent sur leurs comptes Facebook et Instagram.

Trois générations de graffeurs se sont succédé depuis la naissance de la discipline telle qu’elle se définit aujourd’hui, sans que les noms et œuvres associés à chacune n’aient été répertoriés dans des galeries ou autres lieux culturels consacré; c’est ce qui fait l’essence même du graffiti, dont on repère facilement la perspective esthétique (ce n’est pas forcément le cas du tag) mais dont il faut néanmoins connaître les codes et l’histoire. Un délire presque ésotérique, de telle sorte qu’à contre-pied de nombreuses formes d’art, il semble difficile d’être amateur de graffiti ou de tag sans être artiste soi-même. « Aujourd’hui, il y une a nouvelle école, qui ne s’entraine pas forcément avant de poser, qui reprend des noms qui existent déjà, offense suprême ! Ils veulent participer à un truc qu’ils n’ont pas pris le temps de connaître ».

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Crédits: Encré Fanzine

S’il est quasi obligatoire « d’en être » pour connaître, c’est parce que au-delà d’une expression artistique, le graffiti semble être un mode de vie, chronophage et exclusif, à tel point, à en croire notre interlocuteur, qu’il coupe certains gros noms du graffiti de toute autre forme de sociabilité. Sans en arriver à de tels extrêmes, difficile pour de nombreux graffeurs de dissocier le graff de leur vie quotidienne, quand on connait les conditions, nocturnes et souvent périlleuses, dans lesquelles ils exercent. Le mantra ? Marqueurs toujours dans la poche, en faire toujours plus, quitte à s’aventurer, là où l’on est sûr que le graff restera longtemps ; là où il est difficile d’accéder ; là où il est encore plus interdit d’aller qu’ailleurs. Mais la loi en revanche, n’a que faire du risque pris par celui qui lui doit plusieurs milliers d’euros, parfois plus. « Tagguer ton nom partout et autant que possible, c’est ça le but, et ça devient addictif ».

Dès lors que l’on considère le graffiti comme un art, son aspect secret, tant dans sa réalisation que dans sa lecture et sa compréhension, apporte un éclairage presque élitiste à la chose (comme pour l’art contemporain d’ailleurs). D’autant plus que l’on s’intéresse au tag, qui est là, partout autour de nous sans que le commun des mortels ne sache reconnaître un bon tag d’un truc raté. La recherche et la création impliquées feraient presque oublier la dégradation de biens que « nécessite » le tag. Pour les créateurs d’Encré, vouloir à tout prix sortir le graffiti et le tag du vandalisme est vain. « « Arracher » les vitres et sièges d’un wagon de train, ba oui, c’est du vandalisme, et je comprends que ça véhicule un sentiment d’insécurité ». Autre différence avec les défenseurs traditionnels du tag, pour l’escouade Encré, la démarche est artistique quand, après plusieurs années de travail, elle s’approche de la calligraphie, mais un tag fait en quelques secondes –même bon, n’a pas nécessairement sa place dans une galerie. « C’est ça qui est bien avec le tag, c’est que ça appartient à la rue et ça restera dans la rue puisque c’est l’un des outils de travail […]. La rue, on pourra toujours se l’approprier même si, encore une fois, je comprends que ça fasse chier la dame dont on tague la porte ».

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Crédits: Encré Fanzine

Du graffiti, la culture institutionnelle semble s’être approprié les fresques street-art, souvent associé au hip hop ; elle a pour le moment laissé le tag de côté. « C’est pour ça que ça reste le dernier bastion véritablement libre du hip hop, et accessible à tous ». C’est peut-être en partie pour cela que l’équipe Encré a décidé de sortir une publication papier, entièrement dédié au handstyle, qui recense en photo les plus belles réalisations captées ces derniers mois ; Imprimé en risographie, le petit livret est beau, bien organisé : la première série de tags est à la bombe, la seconde au marqueur/Tipex quand la troisième s’en prend au « tags sur stores » ; pour finir, deux doubles-pages font bande à part pour mettre à l’honneur le « street-kicker » du moment. Le tout entrecoupé d’une interview, véritable valeur ajoutée au fanzine selon leurs artisans: « […] avec le numérique, tous le monde peut voir ce que tu fais, tu mets des photos sur ton Instagram et un mec de Nouvelle-Zélande peut les voir […]; mais l’interview, on y tenait, parce que c’est du contenu qui a un peu disparu avec les vrais magazines graffiti [papiers, ndlr] ».

Alors, si vous êtes du petit monde du graff, le fanzine est forcément fait pour vous, presque fait main par ceux qui ne comptent ni sur les institutions, ni sur les subventions, et encore moins sur les effets de mode et l’air du temps. Si vous n’en êtes pas, et que vous côtoyez le graff au quotidien sans vraiment y prêter attention, Encré n’en sera pas moins agréable à feuilleter. Ne serait-ce que pour la sensation de s’infiltrer dans un monde d’initiés, celle de décoder un langage que vous retrouverez à portée de main en sortant de chez vous.

1 Face Au Mur, prolongée jusqu’au dimanche 2 août, Caserne de Reuilly, 75012, Paris
2 Elodie Bouffard, commissaire de l’exposition 

Avant la sortie de la seconde édition à la rentrée, Beat à l’air vous fait gagner 3 copies de la première publication.

CONCOURS 3 FANZINES A GAGNER :

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