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INTERVIEW – JULIEN BDC, OU LA POESIE DE LA RUE

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J’ai connu Julien BDC lors d’une de ses expositions il y a deux ans. Julien, de son autre nom Bodhi Satva (qu’il utilise essentiellement pour son activité de rappeur) est un artiste de trente-huit ans. BDC, c’est la contraction de son nom de famille, pour laisser planer le mystère.

J’ai tout de suite été charmée (rien que ça !) par ses photographies, touchantes et poétiques. Je me suis dit qu’il fallait absolument que je le rencontre et, surprise : l’artiste est aussi cool que son travail ! Depuis, je suis de près ses expositions et projets. Jusqu’au 10 décembre dernier, Julien BDC a exposé ses photos au bar restaurant La Caravane.

Focus sur l’artiste à suivre en ce moment.


Only the strong survive …

 

Salut Julien, comment as-tu débuté en tant que photographe ? 

Ma première démarche s’appelait Un jour, un tel, une tof : le projet consistait à prendre une photo de rue par jour avec mon téléphone pendant une année entière. C’était juste pour m’amuser ! Je postais le résultat sur mon profil Facebook, accompagné d’une phrase, un mot, une rime. Mes amis sur le réseau m’ont envoyé des retours très encourageants ! Je ne pensais me prendre au jeu, et aimer autant prendre la rue en photo… Puis j’ai passé un nouveau cap : j’avais un appareil photo que j’utilisais peu, et après un an j’ai décidé de le mettre autour de mon cou. Ce n’était pas du tout pareil ! Mais c’est ainsi que j’ai vraiment débuté ma carrière de photographe, il y a trois ans maintenant, et je vis à présent une histoire d’amour avec la rue qui n’est pas prête de se terminer …


la fougueuse

Quel est ton parcours ? 

Quelques temps après le début de ma passion pour la photographie de rue, j’ai pu exposer grâce à l’association VIE TON RÊVE. La première fois c’était lors de la soirée caritative et solidaire avec la Banque Alimentaire à la Bellevilloise. J’ai ensuite pu exposer mon travail au Théâtre du Rond Point, endroit où j’avais précédemment rappé !

J’ai ensuite gagné un concours avec la RATP, une des mes photos a été exposée dans plusieurs stations de métro parisien pendant trois mois, une expérience assez incroyable.

J’ai exposé aussi l’année dernière à la Fabrik d’Alfortville (94) pendant une semaine. Cet été j’ai exposé plusieurs jours avec une série de photos sur l’Afrique à Paris, invité par une amie créatrice de vêtements et de bijoux Africains « Aweny » lors d’un pop up store rue de Lappe dans le 11e.

Enfin, j’ai exposé à La Caravane jusqu’à récemment !

 

Comment te vient l’inspiration ? 

C’est très varié et je ne l’explique pas vraiment : les photos que je poste traduisent un peu mon mood du moment. Il y a parfois une résonance à l’actualité, parfois pas du tout. Je peux par exemple voir un Cahors-Paris et sans le vouloir ça m’inspire une série sur le Train ! Je vis la photo comme une plume pour raconter mes histoires du quotidien. J’essaye de saisir un instant singulier, un détail, une expression, une coïncidence qui m’inspire de la poésie, une mélodie, de l’évasion, du rêve. Dans le métro ou dans la rue, mon appareil autour du cou partout où je vais, j’essaye d’attraper une émotion de la vie de tous les jours, bonne ou mauvaise .

Les mots ont une place aussi importante alors j’essaye de trouver une légende  qui appuie mon ressenti ; je cherche également dans mes photos quelque chose d’intemporel.


Le temps des machines

Sur Instagram, on peut découvrir une bonne synthèse de ton travail. Tu photographies énormément de personnes qui ne semblent pas voir l’objectif. Se rendent-elles comptent qu’elles sont prises en photos ? As-tu eu des retours de leur part ? 

Mes « modèles » que je photographie sont très rarement consentants ! Parfois, ils ne me voient pas du tout, d’autres fois oui mais ne réagissent pas (très souvent je leur souris où leur lance un petit mot doux). Quant aux personnes qui parfois semblent le prendre mal, je m’arrête, on discute, je leur montre la photo en expliquant ma démarche, et j’ai plus souvent des gens qui m’ont demandé de leur envoyer la photo que de l’effacer !

Sinon bien sûr il m’arrive d’arrêter une personne qui m’inspire fortement pour lui demander de poser pour moi, mais je ne photographie pas forcément son visage : ça peut être ses mains, ses chaussures, sa posture… Je cherche à saisir chez mes modèles quelque chose de naturel et poétique. Ce que je vais dire est basique mais je cherche ce qu’ils ont de beau, d’expressif, qui me raconte une histoire… Même s’il peut y avoir de l’humour dans certaines de mes photos. Jamais je ne me moque, je fais très attention à ça.

 

As-tu des artistes qui t’inspirent ?

Quand je prend des photos, j’ai parfois des films, des peintures ou des chansons en tête … Certaines photos ont pour titre des chansons d’artistes que j’aime, telles que Marvin Gaye, Minnie Ripperton.

Dans mon travail sur les couleurs ou les lignes, j’aime faire des clins d’œil à Hopper, Kandinsky et d’autres peintres.

Il y a plusieurs années quand j’étais étudiant j’avais vu grâce à une amie une exposition de Martin Parr qui m’avait beaucoup marqué. Je suis resté fan mais je soupçonnais pas une seconde à l’époque que je ferais de la photo de rue un jour …

 

Et sur les réseaux sociaux, qui recommandes-tu de suivre ?

Je suis fan d’une photographe américaine Suzanne Stein, elle s’est fait connaître en prenant des photos  très puissantes dans les quartiers pauvres de Los Angeles. J’ai eu la chance de la rencontrer à Paris pour discuter photo autour d’un café.

Comme photographes parisiens je suis beaucoup Rodolphe Sebah et Mathieu Jais. J’adore également le travail d’une amie peintre Iva Krivokapic mais aussi de Christèll.T, une génialissime artiste collagiste !


Swing. Santee Alley, Los Angeles. © Suzanne Stein + ChrisTèll.T

 

Quels sont tes projets futurs ?

Je n’ai pas encore vraiment réfléchi, peut-être une série sur les travailleurs. Souvent dans la rue je prend en photo ceux qui ont des jobs pénibles. Sinon semble se dessiner pour 2018 une collaboration avec l’artiste Christèle T qui mêlerait son art à mes photos… Une première pour moi, j’ai hâte !

 


Couverture de l’exposition

J’aimerais revenir sur ta dernière exposition à la Caravane, quel est ton ressenti par rapport à cette expérience ? 

Déjà, comparé à mes précédentes expos je n’ai mis que des photos en couleur, simplement parce que depuis plus d’un an je travaille essentiellement en couleurs. Du coup, j’ai essayé de placer mes photos avec une certaine « cohérence coloriste ».

Il y a un autre élément concernant cette exposition : pendant plus de deux ans j’ai tiré mes photos en petit format que je disséminais un peu partout dans Paris, sièges de métro, bus, table de café etc… avec un petit mot poétique derrière chaque photo. J’avais laissé également mon compte Instagram, mais sans vraiment d’espoir qu’on me retrouve. En fait, l’idée de laisser mes photos vivre leur vie sans moi me plaisait beaucoup ! Puis quelques mois après, suite à ce projet,  j’ai reçu un mail bouleversant … que j’ai imprimé et intégré à mon exposition avec quelques unes de mes photos en petit format. J’en ai reçu d’autres plus tard mais celui ci est déterminant car il a donné beaucoup de sens à ma démarche !

Vivre ça grâce à mes photos est fantastique, comme toutes ces rencontres dans la rue !

 

Pour finir, pourrais-tu nous dire quelle est ta photographie préférée ? 

Je pense que c’est Le porteur de nuages, à cause de son regard et de ce que la scène raconte. C’est un peu tout ce que j’essaye d’exprimer dans une photo. Je suis content du titre également. Lors de mon expo avec ma copine styliste, une nana m’a parlé de la force de certaines et  de celle-ci spécialement. Elle m’a dit que, pour elle, il n’y avait pas plus vrai et que cette image lui faisait penser à son père, qui a trimé lui aussi mais qui a toujours su rester digne. J’ai presque chialé : elle l’avait reconnu sans le connaître, je sais pas comment expliquer… Mais c’est ça profondément que je cherche à partager à travers mes photos. Encore une intense expérience !


Le porteur de nuages

 

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