LA SCÈNE ÉLECTRONIQUE ESTONIENNE : LE COLLECTIF MÜRK

LA SCÈNE ÉLECTRONIQUE ESTONIENNE : LE COLLECTIF MÜRK

(English version below)

Une partie de la rédaction est installée en Estonie depuis quelques semaines déjà et ce, pour encore quelques mois. On a donc décidé de vous emmener à la découverte de la scène électronique estonienne, l’une des plus bouillonnante de la baltique.

Ce petit pays qui vient tout juste de souffler ses 99 bougies d’indépendance (après un passage sous domination russe jusqu’à la chute de l’union soviétique) n’a rien à envier à ses voisins européens. Des clubs éphémères aux collectifs itinérants en passant par des événements plus intimistes “shoe-free”, Tallinn – sa capitale – illustre parfaitement la dynamique culturelle incroyable insufflée par une société totalement imprégnée dans les cultures numériques (d’où son surnom de e-estonie).

Une incandescence qui commence à être reconnue sur la scène internationale – confortée par la venue des équipes de Boiler Room pour une première dans le pays il y a tout juste une semaine, l’événement annuel Tallinn Music Week, et la tenue du festival Into the Valley, début juillet sur l’île de Rummu , au nord de Tallinn.

Pour ce premier focus, nous avons rencontré Hugo et Artur du collectif Mürk – à qui l’on doit en grande partie l’émergence de la scène techno à Tallinn. Mürk se distingue par sa capacité à inviter des artistes internationaux aux côtés de talents locaux dont regorgent Tallinn.

Nous avons par ailleurs assisté à leur dernière soirée au musée d’art contemporain de Tallinn (EKKMI) où l’artiste français Zadig (Construct Re-form) était invité : trois espaces à la scénographie soignée et aux lines-up cohérents – marqué par un gros coup de coeur pour le vjing réalisé par Gif visual dans la salle techno.

Pyrophobiques passez votre chemin : ici on se meut à la lueur des bougies et aux nitescences des stroboscopes.

INTERVIEW

Salut Hugo, Salut Artur ! Vous êtes à l’origine du collectif estonien Mürk depuis 5 ans déjà. Comment vous vous êtes rencontrés ?

Hugo : Le projet s’est monté en 2012. J’organisais déjà des soirées à l’époque et je cherchais des artistes estoniens à booker. A l’époque Artur vivait en Finlande, ce qu’il faisait me plaisait et je lui ai écrit pour savoir combien il prenait pour le booker sur une de nos soirées – il m’a répondu quelque chose comme 300 euros !

C’était beaucoup trop, je lui ai répondu qu’on ne pouvait lui proposer que 30 euros.

Et du coup Artur, tu as accepté ?

Artur : Au départ j’ai refusé puis après un moment, j’ai fini par dire oui !

Hugo : Le courant est vraiment bien passé pendant cet événement et on a commencé à travailler ensemble. Des différents projets que j’ai pu produire, Mürk est le plus concluant.

Vous êtes seulement deux derrière ce collectif. Ce n’est pas trop dur à gérer ?

Hugo : Je ne crois pas vraiment à la démocratie pour ça (rires) ! Pour la cohérence d’une direction artistique c’est plus facile d’être peu à prendre les décisions.

Artur : Beaucoup de personnes gravitent autour de Mürk : des graphistes, des vjs, etc. On reçoit beaucoup d’aide.

J’ai cru comprendre que Mürk signifiait “poison” en estonien ! Pourquoi ce choix ?

Hugo : Au départ derrière Mürk se cachait un projet de marque de fringue, d’où le nom. Au départ on avait peur de la réception du public vis à vis du nom, qu’il s’imagine quelque chose de très dark avec notamment notre adage “The dance of the death”. Mais au final c’est plus quelque chose qui se ressent dans notre identité graphique, nos soirées ne sont pas si dark et effrayante que ça ! (rires)

Du coup Mürk ce n’est pas seulement un projet événementiel. C’est un projet de fringue, mais aussi un label d’après ce que j’ai pu voir ?

Hugo : Oui exactement. On est en train de développer parallèlement à la partie événementielle un label et une agence pour promouvoir les artistes locaux.

Artur : C’est en préparation pour le moment. On a besoin de plus de releases. Le but c’est vraiment de promouvoir des artistes de la scène locale, de promouvoir la scène électronique estonienne à une échelle plus grande que celle de notre petit pays, car des artistes talentueux ici, il y en a beaucoup.

Hugo : Pour le moment Arthur a sorti 1EP et 1 compilation, ça prend doucement forme.

Justement, la scène électronique estonienne, parlons-en. Vous la définiriez comment ? Elle évolue de quelle façon ?

Artur : Elle est en pleine ébullition ! Plein de choses se passent actuellement. Je crois qu’on est même à son apogée. Il y a beaucoup de djs à Tallinn et en Estonie, et de plus en plus de producteurs aussi heureusement !

Hugo : On est à un moment charnière de la scène électronique estonienne : ça grandit très vite et les clubs aussi : plus petits, plus intimistes.

Est-ce que les artistes estoniens ont une patte particulière ? Je veux dire par là qu’on parle de la Techno Roumaine, de la House de Chicago, etc. Si l’on devait décrire la techno estonienne , de quoi la qualifierait-on ?

Artur : Je dirais quelque chose de plus atmosphérique.

Tallinn est une capitale assez petite si l’on compare à d’autres villes. Tous les collectifs qui gravitent autour de cette scène collaborent ensemble dans cette atmosphère ?

Hugo : On collabore avec d’autres collectifs quand on peut. Mais en Estonie les collectifs font souvent leurs propres événements.

Artur : On voudrait vraiment voir plus de collaborations entre les différents acteurs de cette scène.

Cette passion pour les musiques électroniques, et plus particulièrement la techno, elle vient d’où ?

Artur : Ça coule dans nos veines !

Hugo : J’ai étudié les musiques électroniques au Danemark ; quand j’avais 15 ans je produisais déjà un peu de musiques électroniques, j’ai toujours aimé ça, je ne saurai pas te dire d’où ça vient ! C’est ici à Von Krahl que j’ai fait mon entrée dans le monde du club.

Promouvoir la techno à Tallinn c’est votre credo donc.

Hugo : Avant la réception de la techno n’était pas aussi populaire qu’aujourd’hui ; tu pouvais jouer 5 minutes de techno et après les gens commençaient à se lasser. Ça a changé aujourd’hui et c’est une très bonne chose. Nos première soirées c’était de la techno plus “safe”, maintenant c’est devenu quelque chose de beaucoup plus brut, de beaucoup plus fort et c’est beau de voir de quelle façon ça a évolué.

Votre plus beau souvenir de soirée ?

Hugo : C’était une “secret party location” avec une centaine de personnes à Tallinn. Il y avait une vibe incroyable cette nuit là. Les djs nous ont même dit qu’ils avaient ressenti quelque chose de fort. Les personnes étaient impliqués corps et âmes dans la musique ; c’était plus qu’une soirée, les gens étaient là pour communier.

Comment choisissez-vous les artistes que vous bookez ? Comment présentez-vous le lieu, la scène estonienne aux artistes internationaux ? Car l’Estonie ce n’est pas forcément le pays le plus connu.

Hugo : On les choisit parce qu’on aime ce qu’ils font ! On essaye toujours de trouver de nouveaux talents à booker aux côtés de djs internationaux, pour qu’il y ait une bonne connexion entre eux.

Artur : Quelques agences ou artistes font des recherches par eux-mêmes sur notre collectif et sur Tallinn, mais d’autres ne le font pas, c’est vrai.

Hugo : Quand on invite des gens à jouer, on veut vraiment qu’ils se fassent plaisir, qu’ils se lâchent, se sentent libres.

Vos plans pour le futur ?

Hugo : Développer notre agence de booking, et pouvoir proposer un roster de djs estoniens à l’international !

Un grand merci à Hugo et Artur pour cet échange. Le collectif Mürk sera à la Tallinn Music Week le vendredi 31 mars et le 1er avril pour un événement de 30H dédié aux musiques électroniques : plus d’infos sur l’événement facebook.

A part of the editorial staff has been installed in Estonia for a few weeks now and for a few more months. So we decided to make you discover the Estonian electronic scene, one of the most bubbling of the Baltic.

This small country which has just blown its 99 candles of independence (after a passage under russian domination until the fall of the soviet union) has nothing to envy to its european neighbors. From ephemeral clubs to itinerants collectives to more intimate « shoe-free » events, Tallinn – its capital – perfectly illustrates the incredible cultural dynamics of a society totally impregnated with digital cultures (hence its nickname e-Estonia ).

An incandescence that is beginning to be recognized on the international stage – reinforced by the arrival of the Boiler Room teams for a first in the country just a week ago, annual event Tallinn Music Week and the the coming of the festival Into the Valley, on the Island of Rummu, north of Tallinn. 

For this first focus, we met Hugo and Artur of the collective Mürk – which works for the emergence of the techno scene in Tallinn. Mürk is distinguished by its ability to invite international artists alongside local talents, who are bursting with Tallinn.

We also attended their last event at the Museum of Contemporary Art in Tallinn (EKKMI) where the French artist Zadig (Construct Re-form) was invited: three spaces with awesome scenography and coherent lines-up marked bythe vjing realized by Gif visual in the techno room.

Pyrophobic go your way : here we move by the light of the candles and to the nitescences of stroboscopes.

INTERVIEW

Hi Hugo, Hi Artur! You have been at the origin of the Estonian collective Mürk for 5 years already. How did you meet?

Hugo: The project came up in 2012. I was already organizing parties at the time and I was looking for Estonian techno artists to book. At the time Artur lived in Finland, I liked what I was doing and I wrote him to find out how much he took to book it on one of our party – he replied something like 300 euros!

It was too much, I replied that we could offer him only 30 euros.

And so Arthur, you accepted?

Artur: At first I refused ! Then, after a while, I ended up saying yes!

Hugo: We had a very good feeling during this event and we started working together. Of the various projects I have been able to produce, Mürk is the most conclusive.

You are only two behind this collective. Is not it too hard to manage?

Hugo: I do not really believe in democracy for that ! (laughs) For the coherence of an artistic direction it is easier to make the decisions when you are only two.

Artur: But many people gravitate around Mürk: graphic designers, vjs, etc. We get a lot of help.

I understood that Mürk meant « poison » in Estonian! Why this choice ?

Hugo: Initially, Mürk is a project of brand of clothes, hence the name. We were really frightened at first, we were afraid of the reception of the public with this name, that they imagine something very dark with our adage « The dance of the death ». But in the end it is more something that you feel in our graphic identity, our parties are not so dark and frightening! (Laughs)

So Mürk is not just an event project. It is a project of clothes, but also a label according to what I see?

Hugo: Yes exactly ! A label and in parallel an agency to promote local artists.

Artur: It’s in preparation at the moment. We need more releases. The goal is really to promote artists from the local scene, to promote the Estonian electronic scene on a larger scale than our small country, because there are many talented artists here.

Hugo: For the moment Artur has released 1EP and 1 compilation, it takes gently form.

Let’s talk about it, the Estonian electronic scene. How would you define it? How does it evolve?

Artur: It is boiling! A lot is happening now. I think we are at its peak. There are a lot of DJs in Estonia, and more and more producers happily!

Hugo: We are at turnging point in Estonian electronic scene; it grows very fast and the club culture is evolving rapidly. Smaller, intimate clubs etc.

Do Estonian artists have a particular paw? I mean, we are talking about the Rumanian Techno, the House of Chicago, and so on. If you have to describe Estonian techno, what would it be called?

Artur: I would say something more atmospheric.

Tallinn is a fairly small capital if compared to other cities. All the collectives that revolve around this scene collaborate together in this atmosphere?

Hugo: We collaborate with other collectives when we can. But in Estonia the collective often make their own events, hopefully we can do more joint events with different promoters.

This passion for electronic music, and especially the techno, comes from where?

Artur: It flows in our veins!

Hugo: I studied electronic music in Dannemark; When I was 15 years old I already produced some electronic music, I always liked it, I can not tell you where it comes from! My entry point to clubbing started here from Von Krahl

Promoting techno in Tallinn is your credo.

Hugo: Before, the reception of the techno was not as popular as today; You could play 5 minutes of techno and after the people began to get tired. It has changed today and it is a very good thing. Our first parties, were techno more « safe », now it has become something much raw, much stronger and it’s beautiful to see how it evolved.

Your most memorable evening?

Hugo: It was a « secret party location » with a hundred people in Tallinn. There was an incredible vibe that night. The DJs even told us they had felt something strong. People were involved bodies and souls in music; It was more than a party, people were there to listen to music in communion.

How do you choose the artists you book? How do you present the place, the Estonian scene to international artists? Estonia is not the well known country.

Hugo: We choose them because we love what they do! We always try to find new talents to book alongside international djs, so that there is a good connection between them.

Artur: Some agencies or artists do research by themselves on our collective and on Tallinn, but others do not, it is true.

Hugo: When we invite djs to play, we really want them to enjoy themselves, feel free.

Your plans for the future?

Hugo: Develop our booking agency, and be able to propose a roster of Estonian djs abroad!

A big thank you to Hugo and Arthur for this exchange. The collective Mürk will be at the Tallinn Music Week on Friday 31 March and 1 April for a 30H event dedicated to electronic music: more info on the facebook event.

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Chloé Magdelaine 11 posts

Électrisée par les nouveaux médias et la musique visuelle plutôt que par les primitifs flamands.

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