[REPORT] PLATOSPHERE: AUX PAYS DU THEATRE ET DE LA TECHNO

[REPORT] PLATOSPHERE: AUX PAYS DU THEATRE ET DE LA TECHNO

Aux pays du Théâtre et de la Techno : l’alliance ambitieuse de jeunes passionnés

On vous l’avait annoncé le mois dernier, l’association Platosphère allait envahir le théâtre des Amandiers à Nanterre. Elle y a laissé la trace d’un défi singulier, celui de partir à la conquête de deux mondes bien distincts, mais que les jeunes étudiants venus de tout horizon ont souhaité confronter et fusionner : l’univers de la soirée techno et la représentation théâtral. Plusieurs disciplines, une seule énergie et une même volonté collaborative de créer une œuvre unique.

C’est sur le fond musical brut et rythmé du duo Gozume.tod que le texte Manque de Sarah Kane résonne sur le plateau transformé en club pour l’occasion. « La pièce évoque avec une écriture très moderne les différentes formes du manque, de l’addiction au besoin d’enfant, de la solitude amoureuse à la carence affective familiale, de l’anorexie au syndrome post-traumatique. Poétique et contemporain, il appelle à une participation immersive et à une écoute non rationnelle. »

L’immersion. C’est bien elle, la grande force de ce spectacle vivant et vivifiant.

 

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Le rendez-vous se fait au théâtre de Nanterre, mais quelques minutes plus tard, le public se fait escorter en dehors, à l’arrière du bâtiment. On fuit le conventionnel pour se diriger lentement vers l’expérimental. Un coin un peu reculé, à l’abri des regards, ce genre de gros bateau qui nous ferait presque pensé à une espèce de dock Pullman en version miniature.

Les basses font vibrer la structure, un appel que le bon teuffeur et passionné de musique sait bien reconnaitre et ne se refuse que très rarement. Une habitude que l’on prend plaisir à entendre aux abords de notre club préféré et qui pourtant résonne ici dans un milieu culturel bien différent.

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« J’ai l’impression d’aller en boite à 20h, c’est sûr que je vais danser » dit la jeune fille à la frange raide et droite juste à côté de moi tandis que l’on avance dans un long couloir. La messe est dite. Au tournant, le club éphémère baigne dans la techno. Réunis au milieu de la salle, les acteurs dansent, gigotent et transpirent comme s’ils étaient là depuis des heures ; ils donnent tout. Et ce n’est rien comparé à ce qu’ils donneront par la suite.

Le public, qui rentre au compte goutte, ne se fait pas prier. Sans presque aucune hésitation, seuls ou accompagnés, tous rejoignent la piste de danse pour se défouler aux côtés des artistes. Quelques minutes plus tard, ce sont les mots qui envahissent l’espace. Ils se calent avec justesse sur la musique qui s’adoucit. Quatre acteurs postés, perchés tout en haut de la salle récite ce manque propre à nous tous. Le deuil. La grossesse. L’amour. Les anniversaires. La solitude. Le manque.

 

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Et pourtant cela ne dessert pas l’initiative d’un tel projet. J’ai ressenti le Manque de Sarah Kane comme un fil de pensée honnête et réel, chaotique, sombre et lucide, vivant et dansant, de la même manière que l’ensemble de ce spectacle ! C’est aussi au public avertit d’accepter une nouvelle fois les règles du jeu. Si vous souhaitez voir une pièce de théâtre on ne peut plus normale, rendez vous-y. Ici on test, on essaye, on créé, on ose ! Quand bien même cela peut sembler parfois confus, le plaisir n’en reste pas moindre. Car ce plaisir est évident, il se dégage de tous ces acteurs et des deux musiciens. Ils sont impétueux, débordent d’énergie, ils récitent leur texte tout en dansant continuellement, intensément. Le public est réceptif à cette dynamique et à cette audace, même les plus âgés au regard dubitatif gardent le sourire aux lèvres, certains se décidant même à se mêler à la foule pour danser comme un seul corps.

Un seul corps, une seule énergie, au centre de la salle, un Manque de plus en plus fort, une techno chorégraphiée de plus en plus intense. L’expérience termine son show avec fougue et sous les applaudissements mérités. En découle l’idée que de telles alliances sont osées mais curieusement charmantes et piquantes ! Ne reste plus qu’à garder l’œil ouvert sur l’association Platosphère. Sans oublier de saluer le travail du metteur en scène Bertrand Schiro, le superviseur de la création scénographique Cyril Gomez-Matthieu, ainsi qu’évidemment tous les talentueux acteurs-danseurs de cette création inédite !

Lien vers leur page facebook Platosphère

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