REPORT: Dement3d Label Night au Petit Bain

REPORT: Dement3d Label Night au Petit Bain

Arrivés vers 23h00 sur les berges de la bibliothèque François Mitterrand.

– C’est bien ici la soirée, Dement3d ?
– Oui oui, Ligovskoï va commencer.

Nous entrons dans la cabine, déboussolés par l’ambiance qui règne sur le bateau. Une planche soutenue par des tréteaux sur laquelle sont posés deux macbooks, quelques machines et un synthétiseur analogique norg blanc. L’installation sonore relève du minimum syndical. Le public tient plus du spectacle de fin d’année que du paysage habituel de la nuit parisienne. Des amis, des parents, installés sur les quelques chaises en sky bordeau éparpillées dans la pièce.

De jeunes hommes s’installent derrière la table. Il y a le brun, discret, à l’abri derrière sa tenue noire, et le blond, à l’élégance débraillée, vêtu d’une chemise fendue recouverte d’un blazer sombre. Alors ce sont eux Valerio Selig et Nikolaï Azonov – une formation qui laisse rêveur et suggère la rencontre de Rogojine et du prince Mychkine, quand elle n’évoque pas explicitement l’oeuvre de Lermontov.

Hartzine, Dement3d, Petit Bain, Beat à l'air

Silence dans la salle. Les premières nappes s’élèvent. L’auditoire ne prononce plus un mot. Certains ferment les yeux en espérant se dissoudre dans les vapeurs synthétiques, d’autres, s’effacent dans un mutisme admiratif. La performance de Ligovskoï se déploie tel un plan fixe sonore où chaque variation se propage avec une intensité peu commune. Monolithe, Icare, Samothrace, coordonnées mythiques entre lesquelles glissent des ondes qui transforment inlassablement la matière. Les mains de celui qui doit être Nikolaï glissent sur le clavier avec ferveur. Puis, comme sommés par le bruissement des crécelles et des vibrations, des boucles naissent, accélèrent et portent l’intensité jusqu’à piquer le coeur qui se contracte, dans l’attente d’une chute, d’un soulagement, d’une réponse à cette mélodie épaisse qui le soumet à la question. La lente saignée des nappes crépitantes durera environ quarante-cinq minutes.

Encore bousculés par cette performance inattendue, nous dérivons lentement jusqu’à un hublot intérieur à travers lequel apparaissent les traits de… François X, affairés dans la cale aux côtés des autres membres du label Dement3d, à l’abri derrière un véritable rempart de machines.

Il y a donc bien une deuxième salle…

Dement3d label nigh, beat à l'air

Nous passons sur le pont et n’en descendrons pas avant le début du live de Polar Inertia. L’interlude nous donne l’occasion d’apprécier le prix des consommations – rien d’extraordinaire mais les tarifs ne sont pas prohibitifs et les organisateurs n’ont pas à rougir face aux autres salles de la capitale. Evidemment, ce n’est pas le Soft ou le 6B, mais souvenons-nous que nous sommes encore à l’intérieur du périphérique.

Dement3d Label Night, Beat à l'air

01h00. La cale s’est bien remplie et tandis que Dscrd achève son set, Polar Inertia est accueilli par les cris et les applaudissements. Qui l’eût cru ? Cette formation que tout destinait à devenir l’apanage d’une certaine élite IDM est en fait plébiscitée comme le héraut d’une nouvelle ère. Une techno ambitieuse, sans compromis, qui charrie aussi bien l’imagination en comptant les péripéties laconiques d’un jeune scientifiques aux prises avec les mystérieux Polar Children, qu’en distribuant des tracks d’une élégance inégalable. Nul besoin de préciser que je voue un culte sans borne à ces producteurs tombés du ciel. Mais franchement, qui peut aujourd’hui se targuer de brasser la foule à 90 BPM, en saccadant capricieusement ses lignes de basses et s’offrant le luxe d’une prestation musicale d’essence cinématographique – au sens littéral de celui qui écrit le mouvement par les ondes. Malheureux celui qui voudrait retranscrire l’événement Polar Inertia. Trois jours après la performance, la digestion poursuit son cours et l’expérience excède encore mes capacités à saisir ce qui véritablement passé, ce vendredi soir, dans la cale du Petit Bain.

Dement3d Label Night, Beat à l'air

Puis c’est François X qui a pris les commandes pour un set qui, malheureusement, s’est révélé aussi phasant que monotone. Pas de mauvaise interprétation. J’adore François X, mais franchement, après la claque Polar Inertia, il était presque impossible de revenir au son club sans subir les affres d’une bonne grosse descente. Rodés aux sets brûlants du fondateur de Dement3d, celui-ci nous a gratifié d’une prestation en deçà de ce que l’on était en droit d’espérer. Certes, je fais la fine bouche mais quand Paris nous  offre ce qui se fait de mieux depuis des mois, forcément, le niveau d’exigence s’élève. Ceci étant dit, le taff a largement été fait et François X reste à mes yeux l’une des six bonnes raisons de raisons de se rendre à la Concrete du dimanche 6 octobre.

Dement3d Label Night, Beat à l'air

Enfin, c’est Fxbeat (l’association de François X et de Heartbeat) qui a clos la fête pour le plus grand plaisir des derniers danseurs. Mais passée le seuil des heures tardives, les souvenirs s’emmêlent et ne reste plus de nos émotions que l’impression trouble et confuse d’avoir passé un excellent moment.

Merci Dement3d, merci Hartzine, merci le Petit Bain.

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