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[REPORT] SOLIDAYS – LE FESTIVAL DE L’ENGAGEMENT ?

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Comme je vous le disais en avril, nous sommes vraiment dans la période de tous les festivals, et ils sont nombreux ! Du 22 au 24 juin, je me suis rendue aux Solidays qui fêtaient cette année leurs 20 ans. Retour et témoignages sur les valeurs et les principes de ce « pèlerinage » musical et engagé.


Ce n’est pas un festival comme un autre : il a été créé et organisé par l’Association Solidarité Sida, qui se bat sur tous les fronts pour faire reculer cette maladie. En 2017, il est estimé que 153 000 personnes sont séropositives et que 25 000 d’entre elles ne le savent pas, selon Libération. Solidarité Sida récolte des fonds pour soutenir des projets d’aides aux malades en France et à l’international. Et ça fonctionne : Luc Barruet, fondateur de l’association est monté sur scène juste avant le concert de Rilès et nous a certifié que, grâce à la vente des billets Solidays, ils peuvent financer 80 associations dans 22 pays ! Un sentiment de fierté s’empare alors de nous. Comme quoi, même en s’amusant, nous pouvons changer les choses. Oui mais voilà, sur tous les festivaliers (et cette année a battu tous les records avec 212 000 personnes en trois jours, selon Le Figaro) quelle est la part des gens qui viennent au Festival sans être sensibilisés à la cause ?

Nous avons mené l’enquête. 

Premier jour.

Se sentir un peu importante car, pour la première fois, nous ne passons pas par la célèbre entrée et sa queue monumentale, mais par l’espace presse. Avec nos bracelets roses (je n’ai toujours pas enlevé le mien d’ailleurs ; souvenirs souvenirs) nous sommes prêtes à arpenter l’Hippodrome de Longchamp, squatté depuis 20 ans par Solidays.

Au programme, Camille, Mr Oizo, DJ Snake, Nekfeu, Milky Chance, Panda Dub et j’en passe ! Les concerts sont riches et éclectiques, susceptibles d’intéresser des personnes de tous styles différents.

« Ils viennent pour la cause et l’ambiance. »

Nous interrogeons des personnes au concert de Camille, un couple de quinquagénaire et toute leur smala. Le premier vient depuis 16 ans et essentiellement pour la cause, car ils m’avouent avoir été un peu perdus devant les noms des artistes « A vrai dire, on n’en connait même pas la moitié ! ». Quand je leur demande s’ils pensent que les jeunes qui viennent ici se sentent concernés par la cause, ils me répondent : « D’une certaine façon oui. Ils viennent pour la cause et l’ambiance. Aujourd’hui il existe énormément de festivals beaucoup plus commerciaux, comme Lollapalooza. Ils pourraient très bien payer des billets pour ceux-là, plutôt que pour celui-ci. S’ils viennent aux Solidays, c’est qu’ils ont conscience qu’ils peuvent faire changer les choses ».

« Mettez des capotes et basta, on veut DJ Snake !! »

C’est ce que pense aussi Luc Barruet, qui, lors d’une conférence de presse, explique que selon lui, la musique amène la solidarité. « Je me dis qu’on a eu raison de faire confiance à la jeunesse pour changer les choses ». Alors, utopiste ou réaliste ?

A la famille avec sa ribambelle d’enfants, nous leur posons les mêmes questions. Ils pensent que c’est avant tout culturel de les emmener. Ils viennent de province et ont fait le déplacement pour l’occasion.
« On suit les Solidays depuis le début, puis on a arrêté d’y aller pendant 7, 8 ans. Aujourd’hui y aller avec nos enfants, ça nous permet de leur apprendre des choses, tout en s’amusant avec eux. »
Ont-ils fait un tour dans le village associatif, où se tiennent tous les conférences sur le sujet du Sida ? Non. Mais ils restent quand même sensibilisés.  

Premier jour toujours.

Juste avant le concert de DJ Snake. Luc Barruet prend la parole pour nous remercier d’être là et nous expliquer les enjeux de Solidarité Sida. J’essaye vainement d’écouter mais la foule m’en empêche : c’est qu’elle est impatiente d’accueillir le dj sur scène, qui, soit-dit en passant, participe pour la deuxième fois. La foule est impatiente et écoute à peine. Je me sens assez révoltée : n’est-on pas là aussi pour ça ? Pour comprendre à quoi sert notre présence ? Apparemment pour beaucoup d’entre eux, ce n’est pas le cas. J’entends même une personne dire derrière moi crier « Mettez des capotes et basta, on veut DJ Snake !! ». Ouais je balance. Difficile de ne pas y être sensible…

Deuxième jour. All day long.

On passe toujours par l’espace presse et on fait les fières. Malgré le manque de sommeil et le mal aux jambes (j’ai plus 20 ans les amis), on est heureuses dès qu’on arrive dans l’enceinte du Festival. Solidays, c’est un peu le pèlerinage de beaucoup d’entre nous. C’est un peu mon Disney à moi, avec la bière en plus. Je décide qu’aujourd’hui je m’en « prends » aux jeunes. Et quand je vois que ma cousine, qui y était avec ses copines, m’avoue qu’elle est venue sans savoir que c’était Solidarité Sida, j’ai commencé à perdre foi en la jeunesse (j’avoue j’exagère). Du coup, motivée, je pars à la recherche de cobayes. J’ai interrogé une dizaine de groupes, tous hyper motivés par l’idée de l’article.

« […] On y vient en famille ou entre amis pour nourrir sa « quête de sens », pour partager le plaisir « d’être utile », le plaisir « d’être ensemble » »

Un groupe de 25 ans, explique que Solidays c’est avant tout un bon moment à partager avec ses potes. « Moi c’est surtout pour Solidarité Sida que je suis là ! » déclare l’un d’eux. Mais on note quand même que la première raison de leur présence ce n’est pas la cause. « On se sent concernés lorsqu’on paye le billet pour venir, et on donne de l’argent pour le programme aussi ». A la question combien de personnes sont atteintes par le sida en France, personne n’a su me répondre. 

J’interroge ensuite un groupe de filles de 16 ans. Elles me disent être là surtout pour Roméo Elvis et Hamza, qui passe d’ailleurs dix minutes après. Elles ne comptent pas faire les conférences, mais ont participé à d’autres événements de Solidarité Sida, comme le Printemps Solidaire. « Je suis l’association sur Instagram, mais j’avoue que je viens aux événements en fonction des artistes ». L’une d’elle arbore le ruban rouge, symbole de son « engagement ». 

Il faut dire que Solidays a compris le truc : si tu fais venir des artistes connus et ceux qui viennent tout juste de percer dans le milieu, c’est sûr que les gens vont acheter des billets. Mais outre la programmation, c’est aussi l’ambiance du festival. Ici, pas de prise de tête, il fait beau et les gens sont là pour prendre du plaisir. C’est un peu le monde des bisounours. Cette année, le festival accueillait son 3 millionième festivalier. A cette occasion, Luc Barruet déclare que cela est dû « au prix modéré des billets, l’enthousiasme des bénévoles, la qualité de la programmation et l’ambiance si singulière du festival. Nombreux sont les gens qui considèrent ce festival comme un lieu de pèlerinage. On y vient en famille ou entre amis pour nourrir sa « quête de sens », pour partager le plaisir « d’être utile », le plaisir « d’être ensemble » ». C’est exactement le cas ! 

Au final, c’est peut-être le plus important : faire en sorte que les gens aient envie de revenir, c’est  leur manière à eux de soutenir la cause. 


Mes petits mecs

Troisième jour. THE END.

Bon toujours nostalgique le dernier jour. J’ai décidé d’en profiter au maximum, surtout que Polo & Pan étaient là et que je les aime d’un amour inconditionnel. Je tombe sur une mère et ses deux filles et en profite pour leur poser quelques questions. Elle me dit que la veille, elle a parlé à ses enfants du sida et de l’utilité du festival. « J’ai une ado qui est là avec ses amis. Je sais qu’elle aussi est engagée. D’ailleurs elle a fait pas mal des conférences qui étaient organisées tout au long du festival. En plus on habite à côté, donc c’est une raison de plus pour y aller ! Pour moi ce festival c’est un bon moyen de sensibiliser les gens, ça amène quelque chose de positif. »

« Si je peux mêler l’utile à l’agréable c’est le combo parfait »

En voulant aller voir les stands, on tombe sur deux volontaires bien sympas (photo qui en témoigne). L’un d’eux est volontaire depuis trois ans, l’autre c’est sa première année. Ils me disent que tous les deux sont d’abord là pour l’engagement, mais que l’ambiance prime également. « Solidays c’est vraiment la vitrine de Solidarité Sida. J’adore venir et y participer. Je pense que ce qui est important ici c’est la Solidarité au sens large du terme, car le « problème du sida » est moins porteur qu’il y a 20 ans ». Leur boulot durant les trois jours ? Faire attention aux festivaliers bourrés et les diriger vers les secours si jamais ils sont vraiment en mauvais état. Ont-ils une mission de sensibilisation ? « Ce sont surtout les bénévoles qui sont plus amènes à répondre aux questions des gens. On a eu pas mal de personnes qui venaient se renseigner auprès de nous mais ce n’est pas pour là que nous sommes là. Il faut considérer que nous ne sommes pas officiellement habilités à parler de l’association car nous n’avons pas suivis la formation. Officieusement, on s’y connait pas mal quand même ! » 

Dernier groupe que j’interroge avant d’aller voir Thérapie Taxi, de 18 ans. Elles sont 5 et affirment qu’elles soutiennent vraiment la cause. Elles ont écouté les hommages au début des concerts et les conférences. « On a d’ailleurs été assez choquées par les réactions des gens qui hurlaient pendant les hommages. On ne s’attendait pas à ça. Surtout pour David Guetta. Même s’il est arrivé en retard, ça ne méritait pas de huer les gens qui étaient sur scène en attendant. » 

Dernier témoignage qui m’a fait chaud au coeur. Je venais aux Solidays persuadée que plus de la majorité ne se sentait pas sensibilisée par la cause, alors que ce n’était pas le cas. D’ailleurs, y a même une Mamie Solidays, Janet Maury, véritable fan qui vient chaque année. J’aurais adoré la rencontrer ! Comme quoi, Luc Barruet a visé juste, et a raison de croire en la Jeunesse. D’ailleurs big up à ce monsieur, qui a mis la main à la pâte comme on dit, et qui s’est occupé un des soirs de l’orientation pour les toilettes.

Ce sujet d’article concernait les festivaliers, mais il aurait été aussi intéressant de poser la question aux artistes. Je sais que plusieurs d’entre eux ont déjà soutenu d’autres causes, comme par exemple Nekfeu qui avait donné un concert pour la Fondation Abbé Pierre. D’autres, comme DJ Snake, In The Can ou encore Big Flo et Oli ont déjà participé à deux éditions. Juliette Armanet a dit, par rapport au Festival « Si je peux mêler l’utile à l’agréable c’est le combo parfait » sur Europe 1. Cependant beaucoup d’artistes qui sont passés n’ont pas remercié Solidays pour leur présence et n’ont même pas mentionné Solidarité Sida et ses enjeux (Rilès l’a fait par contre, j’en suis témoin. J’ai levé mon pouce dans la foule).
Alors, la plupart étaient-ils là pour se faire de la pub ou pour leur engagement ? Il y a moyen qu’on en fasse un article, l’année prochaine !

Pour en savoir plus sur Solidarité Sida.

Le Site des Solidays.

Je remercie Solidays, vous avez été au top ! Et merci également aux personnes qui ont bien voulu témoigner.

Ps : Merci à Manon encore une fois d’avoir été à mes côtés pour les interviews. C’est à elle qu’on doit ses supers photos. Love love love. 

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