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THÉÂTRE – SHAMAN & SHADOC OU L’IMPOSTURE DES RATS

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C’est un drôle d’objet que cette pièce – Shaman & Shadoc ou L’Imposture des rats. Drôle déjà parce qu’on y rit beaucoup. A gorge déployée d’abord, puis d’un rire jaune, et même grinçant… Je ne veux pas ici vous raconter le « pitch », ce serait dommage de s’en tenir à ça. Non pas qu’il n’est pas intéressant, ou pour ne pas « gâcher la surprise » – même s’il y a un peu de cela – mais parce qu’il y a beaucoup plus à dire sur cet OTNI (Objet théâtral non identifié).

Tout d’abord, il y a le texte de Pierre Margot. Avec une précision d’orfèvre et sa poésie toute particulière, il nous emmène dans un univers un peu Beckettien sans être absurde, avec des dialogues envolés, d’une drôlerie tantôt innocente, tantôt malicieuse, mais avec une langue toujours curieuse. Dans cet univers, une foule de rats, inquiétants, rassurants, c’est selon…

Les deux personnages, Manhattan Shaman et Victor Shadoc sont portés ce soir-là avec brio sur le plateau par Guillaume Orsat et Pierre Margot. Les deux personnages comme les deux comédiens sont aussi différents que complémentaires. Une vraie et grande complicité lie les deux acteurs. Guillaume Orsat nous compose ici un Shaman intrigant, tantôt attachant, tantôt repoussant, souvent très drôle, parfois effrayant, avec un jeu tout en nuance, et dévoile avec justesse un personnage des plus ambigu, dont on ne sait plus en fin de partie que penser. En face, Pierre Margot porte le personnage de Shadoc, d’abord tout en retenue et convenances sociales, dont il se libérera à la faveur de cette rencontre. Les variations du jeu du comédien nous dévoilent petit à petit un personnage qui se réalise, quitte son air effacé et prend le pas sur celui qui le crée.

Car la question qui demeurre à la fin de la pièce est peut-être celle-là : qui des deux crée l’autre ? S’il est bien sûr qu’un jeu de manipulation se met en place entre les deux hommes, on ne sait plus vraiment qui décide des règles du jeu. Et s’il est certain qu’il y a quelque chose de pourri au royaume des rats, on ne sait plus très bien qui des deux est le meurtrier…

La réponse à cette question, s’il en est une, réside probablement dans le troisième personnage, cette jeune femme qui accompagne les deux hommes, un peu spectrale. On ne sait trop si elle est leur conscience qui vient les taquiner de ses ritournelles, ou si elle est un souvenir, ce souvenir qui les lie l’un à l’autre et les alienne à eux-mêmes.

Et si cette pièce nous laisse dans cet étrange état, un peu doux-amer, c’est bien qu’elle nous pose beaucoup de questions sans nous imposer de réponse prémâchée. Car Shaman & Shadoc est de ces pièces qui ne nous laissent pas indemnes. On en ressort un peu changé.e.s, un peu différent.e.s, et n’est-ce pas là ce que l’on recherche dans le théâtre ?

Shaman & Shadoc, ou, l’Imposture des rats, écrit et mis en scène par Pierre Margot, avec sur scène Guillaume Orsat, Pierre Margot, et Céline Legendre-Herda ou Julie Allainmat.

A Lavoir Moderne, du 30 mars au 6 mai. Plus d’infos et billetterie ici.

Crédit photo (bandeau) : David Krüger.

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