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LE PORNO INDÉ : QU’EST-CE QUE C’EST ?

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Remettons-nous dans le contexte. Aujourd’hui, en cette date symbolique du 8 mars, nous allons parler pornographie. Ça vous rebute ? Ça vous intrigue ? Dans les deux cas, cet article est fait pour vous.


Paris sous la pluie, dans un café. Il y a encore une semaine, j’étais loin de me douter que j’allais m’y retrouver un lundi matin avec Carmina, à parler de porno, de féminisme, de festival et même encore de Toulouse. Bien que le porno constitue une part importante du web dans le monde, et devance même parfois d’autres sites (comme Netflix, eh oui !) il est “dénigré” et considéré comme tabou, malgré sa légalité dans plusieurs pays.

Rendre justice à la pornographie, c’est un combat que mènent beaucoup d’hommes, mais aussi des femmes. Car près d’une femme sur 4 regarde du porno, pourtant considéré comme un instrument du patriarcat. Et, à l’heure où le féminisme est un phénomène de “mode” qui s’incruste dans tous les débats (même l’écologie), le rapport entre pornographie et féminisme fait un tabac. Après avoir rencontrée Madame Rap qui m’a convaincu que oui, je pouvais être féministe ET aimer le rap (si c’est pas beau ça !), j’ai passé une heure avec Carmina, actrice et réalisatrice de porno indépendant, et féministe.

En août 2013, Carmina se met à écrire pour Le Tag Parfait (le magazine de la culture porn), dont la façon de traiter le porno en lui (re)donnant son importance et sa place dans la société l’a tout de suite attirée. Un jour le rédac en chef lui propose d’écrire sur « le phénomène webcam », qui connaît un gros succès. Elle s’y met et finalement se prête au jeu et, au lieu de s’arrêter qu’aux articles pour le Tag, elle s’est mise à écrire un blog : Journal d’une Camgirl. Puis elle se rend au Pornfilmfestival Berlin (festival alternatif et indépendant qui se concentre sur la sexualité, la politique, le féminisme et les questions de genre depuis 2006) et là, c’est la révélation. « J’ai l’impression d’y avoir trouvé ma famille, me dit-elle. Pour la première fois de ma vie j’étais à l’aise, où on ne me considérait pas comme bizarre, cheloue ».
Carmina décide de faire d’autres festivals, Montpellier, Lausanne, …

Crédit : Le cul entre deux chaises 

Le porno indé, une manière de renouveler le genre ? 

Carmina se rend compte d’un truc : en France, il n’y a pas assez de porno. L’idée ? Montrer qu’il se passe « quelque chose » en proposant des films indépendants. Elle se lance. Son premier film, Carmina le peaufine en quelques mois et en août, commence à filmer. On y retrouve Parker, qu’elle a rencontré à la Fête du Slip de Lausanne, et dont elle aime sa « masculinité non-toxique ». « Même si, me précise-t-elle, il n’en demeure pas moins très sexy et très viril. C’est ça qui est bien avec le porno indé, naturaliste et féministe c’est qu’on y voit vraiment des gens dits normaux, et non des mecs bodybuildés, des nanas parfaites. Il y’a une représentation des corps et des sexualités et c’est ce que je voulais montrer dans mes films. » Carmina en tourne deux autres ensuite. Pas de critères de sélection physique pour tourner dans ses films, contrairement à d’autres. Il lui faut le consentement de la personne, pas forcément de l’expérience, mais avoir une conscience politique, et vouloir faire ça pour une bonne raison.

« J’essaye de démarrer quelque chose : à Berlin, à Bacelone, en Suisse ça se passe, mais en France il ne se passe pas grand chose ! J’ai envie de changer ça ». Voilà où elle en est pour l’instant. Travaillant à mi-temps à côté, Carmina s’investit énormément dans ses projets. Elle me confie avoir 6 films qui attendent d’être montés. Elle est également en train de créer sa société, Carré Rose.

Itw Erika Lust, sur ce site (en espagnol)

Y a-t-il un « porno féministe » ?

A la question qu’est-ce qu’un porno féministe, Carmina me dit clairement qu’elle n’aime pas cette appellation. « Pour moi, c’est en train de devenir un truc galvaudé, marketing, parce que c’est la mode. » Ce dont je mettais déjà rendue compte d’ailleurs en faisant mes recherches. Quand tu tapes féministe sur un site porno, soit tu tombes sur un plan entre deux filles, soit, comme sur le site Bellesa, le site porno crée par des femmes pour les femmes, tu tombes sur typiquement la nana quasi parfaite. Site porno féministe : Contribution féminine ou bonne pub ? Le féminisme ne prône-t-il pas justement la différence ?

« Je préfère dire que je fais du porno indépendant, différent et éthique, me dit Carmina. Après je ne pense pas que le porno « mainstream » soit « anti-féministe ». Je sais de source sûre que plusieurs actrices sont féministes et tentent de changer les choses dans leur métier. Je ne pense pas qu’il y ait un bon ou un mauvais porno. Je pense juste qu’il y’a des bonnes et des mauvaises pratiques. Le porno permet de voir nos fantasmes être « mis en pratique ». Je pense qu’on peut évidemment être féministe tout en regardant du porno mainstream ».

 Mais si on en revient à l’appellation porno féministe, et qu’on considère que ça existe, ce serait une sorte de porno qui permet de montrer une femme qui n’est pas seulement objet mais aussi sujet, où les représentations des corps et des genres sont mises en avant. C’est également le renouvellement des conditions de travail. 

Sophie Bramly, fondatrice de Second Sexe (site spécialisé dans la sexualité féminine) considère entre autre que la pornographie est féministe lorsque c’est la femme qui prend la caméra, et que le point de vue est donc féminin. Pour la chercheuse américaine Olivia Tarplin, c’est avant tout la valorisation du plaisir féminin. 

« Il est possible, m’explique Carmina, de faire un film complètement féministe et éthique tout en y montrant une fille en train de se faire dominer. Et c’est un peu ce que j’ai fait dans mes premiers films. Je veux faire du porno pour kiffer, pour exciter et faire rire les gens. Donc combiner les scénarios complètement cuculs tout en tournant également des films plus politisés. Je ne me mets pas de barrières, et il y a plein de choses à faire ! ». 

En gros, le porno n’est pas qu’une affaire d’hommes, donc pas besoin de l’appeler « féministe ». Erika Lust, une des réalisatrices les plus renommées de films X pour femmes, a d’ailleurs publié un bouquin (traduit en 12 langues !) où elle examine le rôle des femmes dans cette industrie : scénaristes, réalisatrices, actrices , … qui permet complètement de déconstruire ce cliché. Elle insiste également sur la valeur éducative et salvatrice du porno, qui amplifie le désir sexuel des femmes.

Crédit : Le cul entre deux chaises 

Le « porno féministe », chiant pour les hommes ? 

Quand j’ai demandé à mon entourage ce qu’ils entendaient par « porno féministe », beaucoup m’ont dit que ça ne pouvait pas exister. Et j’ai posé la question aussi bien à des filles qu’à des garçons. D’autres ont dit que ce serait une différente manière de filmer, et d’être plus centré sur le mec et non d’avoir que des gros plans de la fille. Mais beaucoup d’entre eux ont laissé entendre que ce serait plus chiant. Carmina me dit la même chose. Lorsque son entourage a su qu’elle allait se mettre à faire du porno indépendant, plusieurs lui ont dit « ah mais en plus comme tu es féministe tes films vont être chiants, y aura pas de soumission c’est nul ». Elle leur a prouvé le contraire : dans son premier film c’est elle qui prend l’initiative, mais dans la deuxième partie du film, elle qui se fait dominer. Comme ça, pas de jaloux, et tout le monde y trouve son compte !

Quand je lui demande comment elle gère le regarde des autres, elle me dit qu’elle a de la chance d’être bien entourée. Bien sûr, elle a eu droit à des commentaires et des propos hargneux, mais, Carmina me dit « Disons que pour chaque insulte que j’ai pu recevoir, j’ai dix personnes derrière qui viennent me remercier pour ce que je fais, de prendre la parole, de faire des conférences et de montrer des meufs qui sont pas forcément minces ! Ok je me fais insulter, mai je sais que j’apporte des choses ».
Carmina : « Je trouve ça fort et courageux d’être une femme, de faire du porno mainstream, et de retourner au boulot le lendemain, ou de faire des conférences et d’assumer devant la caméra cette facette de sa vie. Du moment que tout le monde est ok avec ce qu’il se passe, quel est le putain de problème ? »

En dehors des films qu’elle est en train de monter, il va y avoir sa société, et son site internet qui sera en ligne incessamment sous peu (stay stuned !). A Toulouse, elle tiendra une conférence le 15 mars sur comment s’articule le féminisme et le pornographie.
« Quand tu fais du porno, tu es seule, me dit-elle. Et j’espère que dans un an j’aurais toute une équipe avec moi. J’ai des films qui ont été sélectionnés à Berlin, et un autre à Vienne, c’est très gratifiant ».


Snap Festival, the place to be

Autre événement important que nous suivrons de près : le SNAP Festival, festival fait par les travailleurs du sexe dans différents endroits de la France. « L’idée est de leur donner la parole, puisque la plupart du temps ce sont les médias qui parlent à notre place. On y parlera aussi de prostitution, c’est un événement qui sera pas mal politique mais la première édition c’est super bien passé ! » La première date sera le 6 avril à Lille, et d’ici là, Beat à l’air vous en parlera. Restez connectés ! 

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