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VICTORIA – LA RÉVOLUTION DU PLAN-SÉQUENCE

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victoria ter beat a lair

5h42. Berlin. Sortie de boite de nuit, Victoria, Espagnole fraichement débarquée, rencontre Sonne et son groupe de potes. Emportée par l’alcool, l’adrénaline et la fureur de vivre, elle décide de les suivre dans leur virée nocturne. Elle réalise soudain que la soirée est en train de sérieusement déraper…

Elle vibre et chante son hymne tout au long de ces 2h20 de voyage, la fureur de vivre !
Soyez attentif, car VICTORIA nous embarque dans une odyssée contemporaine débordante de tendresse et de frénésie comme on en voit peu au cinéma ! Mais ne vous faites pas de fausses illusions ! Avec un speech pareil, ce serait trop facile de se laisser croire qu’il s’agit d’un film qui suinte la drogue, avec pour décor un after un peu trop hardcore pour vos petits cœurs. Mais si Sebastian Schipper nous fout bien une claque, il le fait dans un tout autre registre, celui du polar, et avec beaucoup d’habileté !

Le réalisateur allemand se démarque par sa soif d’inédit, de nouveauté, et il a le mérite de servir intelligemment son ambition. 2h20 de film, pour une seule prise, en un plan-séquence.
Le pari est gagné : VICTORIA est une expérience spectatorielle unique ! Sans prétention, Schipper explique avoir refusé de s’inspirer d’œuvres préexistantes afin de créer quelque chose d’exceptionnel pour le spectateur ainsi que pour toute son équipe. Au bout de la troisième prise, le film est dans la boite. La claque visuelle prête à être distribuée. Et on la reçoit telle quelle, « avec sa propre saveur, sa propre odeur, sa propre épaisseur » (Entretien avec Sebastian Schipper). Le film ne ressemble à aucun autre, débordant de réalisme et de poésie.
On trouvera bien sûr quelques petits rageurs et autres insatisfaits pour nous rappeler que le plan-séquence, ça n’a rien d’inédit voyons ! En vous remerciant messieurs-dames pour vos lumières, on n’avait pas percuté !
C’est pourtant très simple, à travers la mise en scène de cette œuvre cinématographique, le réalisateur franchit un cap malheureusement trop rare dans le milieu du 7e art : celui de s’affranchir des codes. Et de redéfinir par là même, le métier d’acteur et de réalisateur principalement. Où ce dernier s’abandonne face à ses techniciens et ses comédiens.
Un seul plan, en temps réel, et l’immersion sont un succès. Face à cette véritable chorégraphie dans laquelle la caméra semble parfois personnifiée, la dernière chose que l’on souhaite, c’est de descendre un réalisateur qui refuse de faire comme tout le monde, et qui réussit son coup !

victoria bis beat a lair

L’intense balade a lieu dans un Berlin comme on nous le montre rarement. La capitale, mère de toute l’aventure, se donne le rôle du chef d’orchestre et se transforme doucement en un personnage à part entière. La caméra nous rapproche de cette ville emblématique, où l’on côtoie, le temps d’un instant, ce petit groupe d’habitants passionnés.
À savoir que la force de ce film ne tient pas seulement dans sa performance visuelle. Elle tient aussi dans cette reconnaissance que l’on peut ressentir en observant les personnages.
VICTORIA est proche de nous. Le spectateur vit le film aux côtés de la jeune Espagnole, à tel point que l’on se retrouve épuisé lorsque les lumières de la salle obscure se rallument. Mais encore, celui qui s’est déjà senti paumé, frustré ou impuissant face à la société se reconnaitra sans doute dans cette bande de potes. Car le film est représentatif de cette jeunesse qui essaie de s’en sortir tant bien que mal. À la recherche de soi, des autres, et d’un Nouveau Monde, on les regarde dépasser les apparences et sortir de leur confort. Transcendés par les événements, ils bousculent tout le temps d’une nuit, dépouillés de tout contrôle.

On y découvre des acteurs qui jouent juste, attachants et étonnants, notamment à travers la délicate Laia Costa dans le rôle de Victoria et de son nouvel acolyte Frederick Lau dans le rôle de Sonne. Étonnants, car l’expérience VICTORIA se traduit aussi par l’improvisation des dialogues. C’est dans cette particularité que l’on décèle une nouvelle force au film, mais aussi ses faiblesses. De par sa spontanéité et sa sensibilité, le film séduit, mais dévoile en même temps certaines maladresses de tournage. Des scènes parfois trop longues, quelques lenteurs pesantes, là le seul défaut peut-être que l’on peut trouver à l’œuvre de Sebastian Schipper. Et pourtant cela ne nous empêche pas d’apprécier tout le naturel qui se dégage de ces scènes et de saluer en plus du talent du réalisateur, celui aussi des acteurs.

En somme, VICTORIA, on aime à le penser comme un film noir, inédit, bercé par des émotions brutes de décoffrage ! Alors le 1er juillet, on ne reste pas planté sur sa chaise à jouir du téléchargement. Car c’est un film à voir, dont on se souvient, et il est à voir sur grand écran ! Au risque de vous prendre une mignonne petite caresse plutôt qu’une bonne claque dans la face !

Marine Mévrel et Charlotte Pichelot

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