INTERVIEW & PLAYLIST – L’INSUBMERSIBLE BATOFAR

INTERVIEW & PLAYLIST – L’INSUBMERSIBLE BATOFAR

Comme vous le savez certainement déjà, notre cher Batofar fermera ses portes pour une longue période de rénovations. Pour fêter ce nouveau départ, l’équipe a lancé une grande série d’événements de closing à n’en plus finir. On a posé des questions à Julie, DA du Bato depuis maintenant 6 ans, et on a parlé de la Mamie´s, de Boiler Room et de chaussettes blanches. Retour en lecture sur un bout d’histoire du club légendaire de la nuit parisienne, et en musique avec une playlist inédite créée par 22 collectifs qui s’y sont produits : un crew, un track.

Salut Julie, tout d’abord merci de répondre à nos questions.

My pleasure !

Tu es programmatrice du Batofar depuis 6 ans, tu as vu un nombre incalculable d’artistes et de collectifs. Comment as-tu vu évoluer le Bato depuis ton arrivée ?

Je suis DA au Batofar depuis presque 6 ans, et oui j’en ai vu passer des soirées, des concerts, des collectifs, et des artistes ! Oui ça, c’est sûr !

Quand je suis arrivée au Batofar en 2012, le Bato avait déjà 13 ans. C’était déjà vieux pour un club. On était en plein dans le gros renouveau de la techno, l’essor de la Concrète créée 1 an avant ! Paris est devenu en quelques années un lieu incontournable pour la musique électronique. On a vu l’ouverture de plein de clubs, la création de plein de collectifs et de labels. Quand je suis arrivée, il était question de tenir le choc face à la concurrence. Il fallait s’adapter et sortir d’une image un peu « ringarde » qui pouvait coller à la peau du bateau parfois, et , dans le même mouvement, ne pas trahir l’ADN du club. J’ai compris à ce moment là que l’identité du club , c’est certes la direction artistique, mais il y a aussi des choses qui vous échappent. Le public, l’emplacement dans Paris, les choix d’architecture intérieure du Batofar ont aussi participé à créer son identité. Il s’agissait de ne pas la trahir tout en restant dans le game.

Le public du Bato n’a pas énormément évolué depuis que je suis arrivée. Artistiquement, en revanche, j’ai vu des changements. Il y a de toute évidence beaucoup plus de techno qu’avant. L’observation que je fais sur les publics très jeunes (qui clubbent les mercredi et les jeudi chez nous, par exemple), c’est le durcissement du son. La techno indus revient en force et supplante le gros mouvement dubstep qui était encore très prisé chez les jeunes (qui ont la 20aine) il y a quelques années. Le son est plus dark, plus dur. Je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est révélateur d’une époque. Un monde qui voit les tentations totalitaires revenir en politique, un monde qui place le terrorisme dans notre quotidien… C’est une hypothèse. Mais la question se pose… Sur un public plus adulte (la trentaine), je noterais la grande tendance des sonorités « acid », distillées dans tous les genres : en electro , en mode vintage (rave 90’s) et aussi en acid techno.

« big up au mec qui portait un t-shirt « kétamine et kébab » et qui est resté face caméra pendant toute la Boiler »

Quel est ton meilleur souvenir avec un artiste ou un collectif ?

Les 10 ans de la Mamie’s pour la fête de la musique au Batofar en juin dernier. D’abord, parce que la fête de la musique au Batofar, c’est une vraie expérience de dingue. Le mur de son qu’on installe sur le bateau à direction du quai, le public qui déboule en masse sur les quais à mesure que la nuit tombe, les gens qui dansent à 2cm du bord sans tomber dans l’eau ! C’est un moment magique ! Et puis la Mamie’s, c’est quand même un sacré collectif qui force le respect… et la danse. Ces gars ont une énergie de dingue, plein de projets et ils s’éclatent. C’est beau.

© Rémy Golinelli

Quel est le pire ?

Oui, il m’est arrivé d’avoir des mauvaises expériences avec des labels ou collectifs (bien que dans l’ensemble, j’ai beaucoup plus d’expériences heureuses que malheureuses). Mais franchement, je n’ai pas envie de développer, ni de citer des noms. Je préfère laisser ça au passé, dans le silence, que de me laisser emporter par une énergie rageuse. Je préfère développer 2 exemples WTF sur la question suivante. Ça vous va ?

C’est parti alors, quelle est l’anecdote la plus WTF qui soit arrivée ?

Il m’est arrivé de demander à l’assistant prod d’acheter des chaussettes blanches à un artiste backstage parce que « white socks » était sur le rider…Inutile de vous dire que je me suis sentie super débile quand j’ai découvert que c’était un « code » sur les riders pour faire une demande pas très « légale » 😉

Sinon une anecdote marrante. Un jour, j’ai organisé une belle Boiler Room au Batofar. Elle avait lieu dans la cale avec Dj Deep, Zadig, François X et Oxyd. C’était le 10 février 2014. On a tous vécu un moment de dingue et c’était retransmis en direct sur Boiler Room. Le Batofar et tous les artistes attendaient avec impatience les liens « replay » de la session . Après des mois, j’ai appris que le staff avait tout simplement perdu l’enregistrement. On était tous super déçus de ne pas avoir de trace de ce moment de musique incroyable. Et après concertation, on a décidé avec l’équipe de la Boiler de la refaire, carrément. Et nous revoilà repartis avec le même plateau (on y avait ajouté Voiski), en extérieur cette fois-ci (« dock party »), pour une boiler room mémorable, le 30 juin 2014. Trop bons souvenirs. .. Ah oui et aussi : big up au mec qui portait un t-shirt « kétamine et kébab » et qui est resté face caméra pendant toute la boiler, malgré des coups de fils de l’équipe de Londres nous demandant de le déplacer !

Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur le futur Batofar ? Ses rénovations ? Ses projets ?

Le bateau va fermer pour de longs travaux. La salle sera agrandie, tout va être refait. La date de réouverture est prévue à l’automne 2018.

© JuLien Gawor Julie, Directrice Artistique du Batofar depuis 6 ans.

Si toi aussi tu veux aller faire la fête une dernière fois dans la plus belle cale de panam, essaye de gagner des places pour la before-soirée-after de closing du 4 février. Et c’est ici.

La playlist est une collaboration exclusive de : Namasté Records, Rigoloto by C’est content, Syncrophone, Exploration Music, KTK Records, Bottom, Jackin Bros, Technorama, Classic as Fuck, Renascence, Athletic Knights, Clear Watters, Acid Avengers, John Kool, Phonographe Corp, Pump up the Volume, Promesses, Voodoo Rave, Jump up Warriors.

Previous INTERVIEW & PLAYLIST - TOLOUSE LOW TRAX ET LE SALON DES AMATEURS
Next PODCAST 57 BY MARCELO

About author

Paul Sinh 59 posts

Co-rédacteur en chef / Les Sorties du Mois / DJ

View all posts by this author →

You might also like

Culture 0 Comments

ENFIN UNE ÉTUDE SUR L’ÉLECTRO PAR LA SACEM

Après 30 ans d’existence, les musiques électroniques en France n’avaient pas encore fait l’objet d’étude sérieuse. La Sacem (société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique) a décidé de dresser un panorama

Sorties du mois 0 Comments

LES SORTIES DU MOIS – JANVIER 2017

Beat à l’Air vous présente chaque mois les sorties coup de cœur de la rédaction ! Des must-have pour vos oreilles aguerries ! Pour janvier on a reçu une petite poignée

Musique 0 Comments

SOHN, Quand l’Autriche se met à l’éléctro !

L’Autriche pays de nos chers bien aimés Beethoven et Mozart. Mais elle n’est pas seulement représentée par la musique classique et folklorique ! La musique dite ‘’ underground ’’ fait fureur